| L'histoire de cinéma allemand: Le cinéma allemand s'illustre par deux périodes de grande richesse: les années 1920, où triomphe l'esthétique expressionniste, et les années 1970, marquées par un véritable renouveau à l'Ouest. Mais entre les deux, pendant les quarante ans où s'enchaînent le nazisme, la guerre et la bipartition, la production cinématographique est réduite à la propagande, puis à la médiocrité.
Le cinéma allemand
est né en même temps que le Cinématographe des
frères Lumière, grâce aux frères Skladanowsky,
inventeurs du Bioscope, en 1895.
L'immédiate après-guerre est marquée par deux types d'œuvres: le film historique à grand spectacle, qu'illustre Madame du Barry (1919) d'Ernst Lubitsch, et le film intellectuel d'avant-garde, représenté par le Cabinet du Docteur Caligari (1919) de Robert Wiene. La superproduction historique de Lubitsch, qui rencontre un grand succès international, permet au cinéma allemand de briser le boycott américain. Lubitsch développe sa vision légère et ironique de l'histoire avec Anne Boleyn (1920) et la Femme du pharaon (1921). Le Cabinet du Docteur Caligari offre une tout autre vision de l'Allemagne. C'est le manifeste de «l'école expressionniste», courant esthétique qui s'est d'abord illustré au théâtre, en peinture et en poésie. L'expressionnisme est un cri de révolte contre les valeurs sociales établies et s'oppose à tous les réalismes. Au sens strict, il n'apparaît au cinéma que dans Caligari et dans De l'aube à minuit de Karl Heinz Martin (1920), mais il va marquer la plupart des œuvres des cinéastes majeurs de la décennie, dont F. W. Murnau, Fritz Lang et G. W. Pabst.
Il se fait connaître par son adaptation du Dracula de Bram Stoker, Nosferatu le vampire (1922). Ce film fantastique, tourné en décors naturels, tire sa puissance d'envoûtement de la manière très particulière dont les paysages ont été filmés. Murnau réalise en outre une œuvre d'inspiration plus réaliste, le Dernier des hommes (1924), avec Emmil Jannings, dont le triomphe international lui ouvre les portes de Hollywood.
Ce cinéaste exploite d'abord la veine du récit policier à épisodes avec les Araignées (1919) et crée le personnage du criminel mégalomane, le Docteur Mabuse, qu'il met en scène à trois reprises: en 1922 (Mabuse le joueur), en 1932 (le Testament du Docteur Mabuse), puis en 1960 (le Diabolique Docteur Mabuse). L'UFA lui permet de réaliser la plus importante production de l'époque, Metropolis (1926), fable futuriste opposant au patronat triomphant dans la ville supérieure le prolétariat des catacombes qui alimente une usine-Moloch.
Elle est présente tout au long de la décennie. Elle s'épanouit dans l'œuvre du scénariste Carl Mayer, auteur du Dernier des hommes mais aussi du Rail et de la Nuit de la Saint-Sylvestre, deux tragédies mises en scène par Lupu Pick. Pabst va porter à la perfection cette inspiration réaliste dans le «film de rue», avec la Rue sans joie (1925) où il dirige Greta Garbo, puis avec le Journal d'une fille perdue (1926) et Loulou (1929), où il offre à l'actrice américaine Louise Brooks deux rôles qui révèlent sa magnétique beauté.
Le début des années 1930 voit l'apparition de nombreuses opérettes filmées qui concurrencent Hollywood en Europe. Josef von Sternberg vient des États-Unis diriger Marlene Dietrich dans l'Ange bleu (1930), et Fritz Lang réalise, d'après un fait divers célèbre, le portrait d'un assassin de fillettes dans M le maudit (1931), qui lui permet de brosser un extraordinaire tableau de la société allemande à la veille du nazisme.
À partir de 1933,
les nazis au pouvoir contrôlent de près la production
cinématographique. De très nombreux techniciens, acteurs,
réalisateurs fuient les persécutions raciales et politiques
et vont enrichir les cinémas européen et américain.
Le cinéma du IIIe Reich cultive cependant les films de genre.
La propagande s'exerce dans le film historique à la gloire
des héros de la germanité; la cinéaste la plus
remarquée du régime est Leni Riefensthal, qui magnifie
les cérémonies nazies dans le Triomphe de la volonté
(1935) et les Dieux du stade (1938).
L'instigateur du manifeste,
Alexandre Kluge, réalise Anita G. en 1966, année qui
voit apparaître Volker Schlöndorff avec les Désarrois
de l'élève Törless. Suivent dans le même
élan Jean-Marie Straub, Peter Fleischmann, Rudolph Thome.
Mais les trois réalisateurs majeurs des années 1970-1980
sont Rainer Werner Fassbinder, à l'œuvre prolifique
et protéiforme (les Larmes amères de Petra von Kant
, 1972), le visionnaire Werner Herzog (l'Énigme de Kaspar
Hauser, 1974), et le cinéaste de l'errance Wim Wenders (l'Ami
américain , 1977). Leurs films triompheront dans les festivals
internationaux jusqu'à la nouvelle génération,
qui comprend Helma Sanders-Brahms (Allemagne, mère blafarde,
1980), Margarethe von Trotta et Percy Adlon, le réalisateur
de Bagdad Café (1987), dont le succès lui permettra
de tourner aux États-Unis (Salmonberries, 1991 ; Younger
and Younger, 1993).
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