| Synopsis:
D'entrée, le spectateur se retrouve dans
l'immensité d'un paysage à la fois montagneux et aride,
celui du nord du Shaanxi au printemps 1939, contrée qu'il
découvre avec les yeux de Gu Qing (Wang Xueyin). Ce dernier,
soldat de la 8e armée (communiste, en lutte à la fois
contre l'occupant japonais et contre l'armée gouvernementale
du Guomindang de Jiang Jieshi/Tchang Kaï-chek malgré
une pseudo union nationale) a pour mission de compiler des chants
folkloriques locaux. Sa première vision est celle d'une procession
de mariage traditionnel arrangé par les familles selon la
coutume et à laquelle les mariés sont amenés,
elle masquée, comme à une exécution capitale.
Le rouge vif du palanquin et des minuscules chaussures d'enfant
de la jeune mariée qui en dépassent tranche sur celui,
plus ocre, de la terre et les vestes matelassées des paysans.
Cuiqiao (Xue Bai), jeune adolescente de 13 ans assiste aussi à
l'événement et regarde le marié emmener sur
son épaule sa jeune épouse tel un paquet de linge
sale. Elle est une des filles d'un fermier (Tan Tuo) chez qui Gu
trouve hospitalité. Sa sœur aînée est partie,
déjà mariée et régulièrement
battue par son mari imposé. Cuiqiao travaille la terre avec
son père et son jeune frère Hanhan (Liu Quiang).
La confrontation de deux mondes, voilà ce que nous montre
Chen Kaige de façon toujours très subtile. Celui des
paysans d'une région reculée d'une part, ancrés
autant dans les us et coutumes de "l'ancienne société
" que dans la pauvreté endémique (le poisson
frais y est remplacé par des imitations en bois, signes de
bons présages, tandis que l'on mange les restes de l'avant-dernière
année), et d'autre part celui d'un avenir annoncé
comme radieux où le Parti communiste résoudrait tous
les problèmes. Cuiqiao et sa famille sont à la fois
victimes et acteurs de leur propre destin. Interrogés sur
le pourquoi de leur sort, ils répondent "destin "
sans comprendre ni même imaginer que le changement pourrait
provenir d'eux-mêmes.
Ils semblent écrasés par leur terre, cette terre jaune
charriée par le fleuve du même nom (Huang He) qui,
par son immensité, semble vouloir leur accorder une entière
liberté mais les maintient en réalité comme
enfermés dans ses bons plaisirs. Que peut-on contre la sécheresse
si ce n'est implorer en une fête païenne le "roi
dragon" ? Pas grand chose. Et que peut l'adolescente Cuiqiao
contre l'annonce de son mariage forcé ? Rien dans un premier
temps. Mais Gu, homme éduqué qui a découvert
avec stupeur la jeunesse et la tristesse de l'adolescente mariée
et aperçue à son arrivée dans la contrée,
lui a enseigné que plus loin, dans le sud, les filles vivent
autrement. Qu'elles coupent leurs cheveux, choisissent elles-mêmes
l'homme qu'elles souhaitent épouser et surtout qu'elles rejoignent
l'armée de Mao, devenant autant d'héroïnes du
peuple. Le pays tout entier bouge, change, clame-t-il, et rien ne
symbolise mieux ce changement que la libération de la femme
chinoise, opprimée et même niée depuis si longtemps,
depuis toujours...
Alors, Cuiqiao-la-timide qui refuse de chanter pour Gu dont on peut
deviner qu'il ne la laisse pas indifférente, demande au soldat
de l'emmener avec elle. Autrement dit, elle demande au Parti communiste
de l'aider à changer sa misérable vie. Mais Gu refuse
ou plutôt repousse le moment, prétextant que seuls
ses chefs peuvent prendre la décision de l'accepter après
avoir étudié sa candidature. Gu ne sait pas à
cet instant que Cuiqiao doit épouser quelques semaines plus
tard un homme plus âgé et qu'elle ne connaît
même pas...
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