| L'histoire
de cinéma vietnamien:
Le cinéma vietnamien
possède aussi son industrie du cinéma.
Parler d'"industrie" c'est beaucoup dire, au regard de
l'industrie cinématographique américaine, par exemple,
où rien n'y est comparable, tant au niveau des moyens évidemment,
qu'au niveau de leur histoire : celle du Viêt-nam est beaucoup
plus récente. Parler d'une "production" nationale
serait ainsi plus approprié.
En effet, si la production cinématographique vietnamienne
est relativement récente (on signale tout de même un
film de fiction La Plaine aux Fantômes de 1930 !), elle est
étroitement liée à l'Histoire de son pays,
c'est à dire à ces années de guerre et de lutte.
Les premières pellicules du cinéma vietnamien ont
enregistré la scène de la proclamation de l'Indépendance
du Viêt-nam par Hô-Chi-Minh le 2 septembre 1945, place
Ba-Dinh à Hanoï. Depuis, l'histoire du cinéma
vietnamien ne fait qu'un avec l'Histoire de la nation. Ainsi le
cinéma vietnamien s'est formé et développé
dans les feux de deux résistances : la première contre
les colonialistes français et la seconde contre l'"impérialisme"
américain. Ses premiers pionniers ont débuté
avec une vieille caméra de 16 mm et quelques centaines de
mètres de film, cherchant à grande peine à
faire apparaître, dans des conditions invraisemblables, l'image
dans le bain révélateur parfois dans des jarres, s'approchant
clandestinement des villes occupées pour ce procurer de la
glace si précieuse pour certaines opérations chimiques.
Pendant la première résistance, les productions se
sont données pour but de galvaniser les énergies en
montrant dans les documentaires et les actualités les combattants
en action et l'organisation de l'arrière. C'est ainsi que
les plus grandes batailles ont été filmées,
comme celle de Dien-Bien-Phu. Deux films ont été en
outre tournés avec la collaboration de cinéastes chinois
(Le Viêt-nam combattant) et soviétiques (Le Viêt-
nam sur la Voie de la Victoire). Le film sert alors à mobiliser
les grandes masses avec des productions comme La Lutte Contre la
Sécheresse, Sous le Toit des Nouvelles Ecoles qui sont parmi
d'autres, des documentaires typiques de cette époque. Le
premier film de mise en scène a été tourné
en 1959 et reflète la lutte pour la réunification
nationale Un Même Fleuve Baigne Nos Rives. Beaucoup ont suivi,
exploitant le filon de la résistance contre les Français
tels que Feu en Seconde Ligne ou Le Jeune Combattant.
Au cours des années 1964 - 1968, le cinéma vietnamien
conserve ses mêmes fonctions de propagande contre l'ennemi
américain. Les cinéastes tournent toujours des actualités
et des documentaires, sur les points chauds, mais aussi des films
de mise en scène, ainsi le Studio de Hanoï va-t-il produire
Au 17ème Parallèle, Un Exploit etc...tandis que le
Studio du Sud Viêt-nam s'affirme lui par des actualités
et des documentaires tels que Les Partisans de Cu-Chi ou Le Riz
sur les Ceintures de Défense.
Tous ces exemples indiquent
que le cinéma vietnamien a atteint sa maturité en
pratiquant tous les genres. Parti des actualités et documentaires,
il a progressé rapidement pour déboucher sur le film
de mise en scène. Les histoires son évidemment très
politisées, mais s'inspirent aussi des traditions vietnamiennes
des luttes millénaires du peuple vietnamien contre les agressions
étrangères et de la nature Ces contextes historiques,
ces thèmes abordés, font de ces films - tournés
par de jeunes cinéastes dans des conditions souvent dangereuses
; parfois au péril de leur vie - des films militants, très
orientés. Pas étonnant alors que ce cinéma
vietnamien ait été très soutenu par les cinéastes
et les spectateurs des pays socialistes, qui lui ont offert des
caméras, des tables de montage etc... et où il reçu
certaines distinctions telles que le Prix Spécial du Jury
pour le film Le Serin au Festival de Karlovy Vary en Tchécoslovaquie
en 1962.
En 1984, au mois de juin, s'est déroulé à Paris
une semaine du cinéma vietnamien. Cela a permis d'avoir une
vue assez représentative du cinéma vietnamien des
années 80. Sorti des conflits, le Viêt-nam se remet
de ses traumatismes, panse ses plaies et pense à l'avenir,
du moins il espère. C'est de cette façon que l'on
pourrait interpréter deux des films présentés
durant cette semaine.
Le premier Chom et Sa (1979), réalisé par Pham Ky
Nam, raconte l'odyssée de deux enfants, frère et soeur,
orphelins, perdus dans la jungle tels deux Robinsons, pour finalement
être retrouvés et sauvés. Pour l'Avenir de Long
Van (1981) est un bon témoignage du Viêt-nam d'immédiate
après-guerre. La chasse aux traître, les femmes pleurant
leur mari tué au combat, la difficulté pour les soldats
de retourner à la vie civile, les familles déchirées.
L'espoir dans ce film, ce qui change des précédentes
productions des années 70, est représenté par
les retrouvailles d'un père avec son fils Le mélodrame
l'emporte sur la leçon politique et peut-être est-ce
le sens profond du film : le désir de vie est plus urgent
que l'orientation de cette vie.
Dans ces deux exemples, l'humanisme l'emporte
sur la politique. Le cinéma vietnamien, sans occulter la
dure réalité semble moins revendicatif.
Qu'en est-il du cinéma vietnamien aujourd'hui ? Faute de
moyens, sans aide réelle de l'Etat, il n'a pas vraiment évolué
depuis ces dernières années. Et paradoxalement, il
est plus connu à l'étranger qu'à l'intérieur
du Viêt-nam même. Fin janvier 1996 une sélection
de films vietnamiens a été projeté à
Rotterdam et deux importantes rétrospectives ont eu lieu
à Toronto et au Film Archives de UCLA à l'automne
dernier, mais à Hanoï ou à Ho-Chi-Minh-Ville,
impossible de voir ces films. On ne peut y voir que des films américains
de série B ou de Hong-Kong en CD Laser ou en vidéo
piratées refilmées directement sur l'écran
En fait le gouvernement qui depuis l'origine a toujours tout produit
en matière cinématographique - aujourd'hui encore,
il en produit une dizaine par an pour un public qui ne peut les
voir - a très peu de moyens que ce soit pour la fabrications
des films ou pour leur distribution ou leur diffusion. Alors, les
cinéastes vietnamiens, pour monter leur films, doivent désormais
compter sur des capitaux étrangers. Dang Nhat Minh, le plus
connu des cinéastes vietnamiens, a réalisé
en 1994, Le Retour grâce à Channel 4 (Grande-Bretagne)
et son dernier film La Nostalgie du Pays (1995) grâce à
NHK (Japon).
D'autre part, il n'existe aucune école du cinéma au
Viêt-nam. C'est pourquoi les cinéastes vont apprendre
leur travail à l'étranger. Dang Nhat Minh est partie
en Russie puis dans les années 80 est allé enrichir
sa culture cinématographique à Paris à la Cinémathèque.
Un autre cinéaste phare du Viêt-nam, Ho Quang Minh,
s'est exilé en Suisse où il possède sa propre
maison de production. Cette situation lui permet d'ailleurs de critiquer
le pouvoir. En 1985, il a réalisé Karma sur la tragédie
de la guerre qui a eu un beau succès.
Mais le gouvernement n'a pas profité de ce succès
ni du prestige à l'étranger de Dang Nhat Minh et de
Ho Quang Minh pour investir dans le cinéma de création
; il a préféré privilégier la vidéo.
Pour surmonter sa crise, fort de leur jeune succès hors de
leur frontières, les Vietnamiens devraient peut-être
s'inspirer du cinéma chinois, avec Chen Kaige et Zhang Yimou
notamment, qui a su s'ouvrir à l'occident, c'est à
dire profiter de ce rayonnement en dehors du pays, engranger des
capitaux, réorganiser l'"industrie" du cinéma,
ne serait ce que par la construction de salles et stopper le marché
noir de la vidéo.
Enfin, le cinéma vietnamien pourrait
trouver un nouveau souffle si le Viêt-nam avait sa propre
école de cinéma ; il pourrait ainsi former une nouvelle
génération de cinéphiles, qu'ils soient dans
la fabrication des films ou simples spectateurs.
Durant toute cette période, il a aussi
existé un cinéma résistant anti-communiste
plutôt situé dans le sud du pays (péplum, films
d'inspiration hindoue) dont nous espérons vous parler dans
un autre numéro.
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